Ce qui différencie un vrai vin (le prix n’entre pas en compte alors) d’un simple produit aseptisé, rouge ou blanc, c’est donc ce qu’il nous apporte : le plaisir. Et l’on ne se fait pas plaisir quand on débouche certains vins “modernes” ou à la mode. L’abus de la barrique neuve en est un exemple type. Rares sont les vrais grands vins qui dépassent 50 à 70 % de barriques neuves, et, eux, ont un terroir qui permet de sortir des vins qui “tiennent” autant de pourcentage de fûts neufs. Il est aisé de comprendre qu’un élevage à 100 % en barriques neuves ne peut que produire des vins trop boisés, imbuvables, certains à la limite de l’écœurement à cause, en plus, d’une concentration à outrance.
Quel intérêt de boire un vin de Bordeaux qui aurait le même goût qu’un vin du Languedoc, de Chine ou d’Australie. Le vin, ce n’est pas cela, ce n’est pas un jus de bois mais un jus de raisin. Il faut qu’il garde son fruit et de la finesse. Quand on a la chance de pouvoir sortir de son sol un Sancerre “minéral”, un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Chambertin marqué par la griotte, un Sauternes issu du Botrytis, un Champagne où la craie apporte cette élégance… on n’a pas besoin de tricher. On a besoin ensuite de le faire savoir, d’expliquer pourquoi tel terroir donne à son raisin, puis au vin, ce goût de poivre ou de cannelle, tel autre celui du chèvrefeuille ou du cassis.
Le vin, c’est comme la vie : un peu de poésie, l’empreinte d’une origine, quelques notes de souvenirs, un zeste de sensualité, de la mesure et du respect. Il faut aussi être sensible à tous les vins, aller sur place, dans toute la France, et ne pas se contenter de dégustations mondaines, qui masquent la réalité du terrain.
En 28 ans, j’ai donc eu droit à tout : à la morgue de certains, à la frime de nouveaux venus, aux leçons de morale comme aux jalousies. Mais, je n’ai pas dévié d’un pouce, et respecté cette ligne de conduite (elle est naturelle, je n’ai pas à me forcer). On la poursuit donc, en restant fidèle à ceux, les amateurs comme les vignerons, qui sont humbles face à la force de la Nature.
Dans toute la France, il y a de grands vins typés, dans toute la gamme, et sans que l’on soit forcément obligé de payer le prix fort pour avoir le meilleur. Le monde du vin est donc aussi celui du rêve et du plaisir, du partage et des rencontres avec des hommes et des femmes attachants et passionnés. Ce sont ceux-là, les vrais, qui comptent et nous apportent cette pluralité qualitative exceptionnelle, à tous les prix, que toute la planète a bien raison de nous envier. Ces vignerons, on aime bien partager un moment avec eux. Ce qui compte, c’est la durée, le respect et la fidélité. Le temps, la continuité, la régularité qualitative sont les seuls critères de jugement auxquels on peut se fier. Il ne reste donc pas de place pour l’arrogance ou l’envie, ni pour les vins standardisés.
Ce Guide est devenu incontournable, avec plus d’un million de lecteurs.
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vendredi 16 mai 2008
Un vin, un vrai
lundi 21 avril 2008
Ce qu'il faut savoir sur nos vins
Brigitte Dussert : Faisons un tour d’horizon de la situation des vignobles français. Comment se fait-il que l’on parle relativement peu de l’Alsace ?
Patrick Dussert-Gerber : Peut-être à cause d’un snobisme idiot. C’est regrettable car, si c’est une région qui avait peu de réputation il y a une trentaine d’années, les efforts qualitatifs ont été conséquents et l’on y trouve maintenant des vins remarquables. La force des vignerons alsaciens est d’avoir su créer une gamme très diversifiée et très typée. Du vin le plus sec (attention néanmoins à ne pas trop assouplir les vins, au détriment de l'acidité) aux Sélections de Grains Nobles qui sont devenues les références de grands vins liquoreux et damnent le pion à certains autres grands vins et notamment ceux du bordelais. On peut tirer un coup de chapeau aux Alsaciens qui ont un savoir-faire indéniable et sont des commerçants avec une mentalité dynamique qui restent en contact avec le consommateur.
Brigitte Dussert : Le Beaujolais est un vin souvent décrié, et l’on ne parle souvent que du Beaujolais Nouveau ?
Patrick Dussert-Gerber : Franchement, le Beaujolais Primeur est toujours un vin que je bois avec plaisir chaque année, et c’est une performance de faire autant de bouteilles à une qualité très appréciable et d’en faire parler autant. Le Primeur est un vin de soif, d’amitié, de convivialité, et le monde entier en demande. À côté, il y a des crus remarquables : Juliénas, Moulin à Vent, Chénas... ce sont des vins très typés, on ne confond pas un Brouilly avec un Fleurie ou un Saint-Amour, cela prouve que les terroirs ont une grande importance ici contrairement à ce que peuvent dire les détracteurs de la région. Les vignerons sont également très chaleureux et font tout simplement ce qu’il faut faire, un vin à leur image.
Brigitte Dussert : On parle d’une crise à Bordeaux ?
Patrick Dussert-Gerber : Il n’y a pas de crise profonde pour les vignerons qui produisent leurs vins correctement et le vendent directement, et ceci dans toute les appellations. Si l’on fait un grand Margaux ou un Pauillac racé à 25 ou 30 euros, il les vaut bien. Idem pour une gamme plus abordable, en Graves, dans les Côtes ou en Bordeaux Supérieur, où les progrès sont exceptionnels.
En fait, iI existe deux “crises” actuellement, très différentes, voire opposées, dans beaucoup de vignobles : celle, désastreuse pour ceux qui la subissent, qui touchent les viticulteurs, la plupart étant dépendants aux prix trop bas du tonneau, qui ont du mal à se faire rémunérer correctement. Les causes sont complexes (un certain négoce peu solidaire parfois, une politique de plantation trop importante, des barrières étatiques...). Ils méritent d’être soutenus, et l’on fera ce que nous pouvons pour les aider. C’est une crise sociale.
L’autre crise concerne un bon nombre de vins, à Bordeaux, notamment : trop chers ou trop sensibles à la mode (“vins de garage”), trop endormis sur leurs lauriers, qui n’ont pas pris au sérieux le besoin de communiquer, trop imbus peut-être d’eux-mêmes, alors que le respect des consommateurs (proposer un vrai rapport qualité-prix cohérent) est impératif. Les acheteurs se sont sentis lésés, et cela va permettre peut-être d’assainir le marché. On parle beaucoup trop d’argent, de prix, de bonnes notes glanées chez un “gourou” quelconque, et c’est ce que le consommateur retient, alors que, bien sûr, ceci ne concerne qu’une petite minorité. C’est une crise de confiance.
On revient à la case départ : la typicité, la qualité, des prix sages, un dynamisme commercial de chaque instant, la promotion de sa production, la vente directe aux consommateurs, les références (Guides, médailles)... sont les clés du succès. Il y a des vins exceptionnels à Bordeaux, qui sont chers et qui valent leur prix. Il y en a d’autres qui ne le valent pas, voilà tout. Et, il y a les 95% des vignerons qui pâtissent des derniers cités.
Je persiste à dire que Bordeaux doit avoir confiance dans ses vins, ne pas croire qu’il faut produire un vin qui ressemble à un vin australien, qui va plaire aux chinois, ne pas se laisser influencer par des “gourous”... on ne peut pas faire un vin global, un vin mondial, on risque de faire un vin dépersonnalisé. Il faut qu’un Pomerol sorte de la “crasse de fer”, que le Pauillac ne se confonde pas avec un Pessac-Léognan. Les producteurs qui font des vins typés à des prix relativement sages ne sont pas en crise. On ne peut pas durer dans le monde du vin si l’on ne veut que faire du business. N’importe quel vigneron digne de ce nom, de toute la France, comme un autre artisan ou un artiste, vous le dira : même si l’on doit en vivre, et donc le vendre le mieux possible, on ne peint pas un tableau pour plaire, on n’écrit pas un grand roman ou on ne compose pas une œuvre musicale uniquement pour vendre, mais parce que l’on est inspiré et que l’on a des convictions. Sinon, on n’est qu’un marchand. Le vin, celui que nous défendons, ce n’est pas un produit blanc, rouge ou rosé, c’est bien plus que cela.
Brigitte Dussert : Cette crise de confiance ne se retrouve pas en Bourgogne ?
Patrick Dussert-Gerber : Non, car les Bourguignons ont fait beaucoup d’efforts promotionnels et qualitatifs en revendiquant une typicité. Lorsqu’un consommateur cherche un Pommard par exemple, il trouve (avec notre aide, car il s'agit de frapper à la bonne porte) un vin qui n’est pas surboisé, qui a de la finesse, du fruit. Les Bourguignons sont des commerçants qui sont très liés à leur clientèle, ouvrent leur porte, ne sont pas décalés par rapport au marché. Ils vendent des vins dans des gammes de prix appréciables, ils les vendent bien, et c’est tant mieux.
Brigitte Dussert : En Champagne, on assiste à un fort développement, à quoi est-ce dû ?
Patrick Dussert-Gerber : Dans le temps, il n’y avait que les grandes marques. Aujourd’hui, beaucoup de vignerons vendent en direct des cuvées remarquables, de la plus fine à la plus vineuse, à des prix très abordables, de 15 à 20 euros. C’est l’une des rares régions viticoles qui ne subit aucune crise, cela prouve que les consommateurs sont satisfaits lorsqu’ils ouvrent une bouteille de Champagne. Il y aussi une grande cohésion et une grande solidarité entre les grands seigneurs de la Champagne et les petits vignerons et chacun se respecte, c’est certainement également l’une des clés pour appréhender la région, même, si, on s’en doute, les exceptions confirment la règle.
Brigitte Dussert : On parle peu des vins de Loire, pourquoi ?
Patrick Dussert-Gerber : Il y a peut-être la facilité d’être près de la capitale, et il est vrai que ce sont des vins méconnus et que les consommateurs des autres régions ne pensent pas à les déguster. Il me semble que si un vigneron de Touraine ou de Sancerre va faire goûter son vin à un provençal ou à un bordelais, il devrait séduire aisément une autre clientèle, car ces vins-là, en rouge comme en blanc, sont très plaisants, très fruités, agréables dans leur jeunesse, avec, pour certains (Chinon, Saumur-Champigny...) un beau potentiel de garde, des vins typés : on ne confond pas un Bourgueil et un Sancerre rouge. La force du Val de Loire : des prix très sages et une spécificité exacerbée, et quelques très grands vins (Pouilly-Fumé, Coteaux-du-Layon, Vouvray...).
Brigitte Dussert : En Vallée du Rhône, il existe également une grande disparité de notoriété, qu’en est-il vraiment ?
Patrick Dussert-Gerber : À l’étranger, on parle toujours des Côte Rôtie, Hermitage ou Châteauneuf-du-Pape. Il y a des bouteilles incontestables dans ces appellations, que l’on peut classer dans la plus haute catégorie qualitative. Mais il y a également Gigondas et des appellations Villages comme à Rasteau, à Visan... qui élèvent des vins remarquables et très accessibles, à partir de 7 euros, agrémentée souvent de très belles présentations.
Brigitte Dussert : Le Sud Ouest est une grande région avec beaucoup de diversité, existe-t-il une cohésion ?
Patrick Dussert-Gerber : C’est une région que j’affectionne beaucoup, il me semble que les terroirs sont particulièrement propices aux différents cépages Malbec, Petit Manseng, Tannat, Mauzac... on ne cherche pas à faire des vins à la mode. On apprécie toujours autant les Cahors ou les Madiran traditionnels par exemple, les vins ont un peu évolués, sont moins durs et c’est normal. À mon sens, ce sont des vignobles qui n’ont rien à craindre d’une concurrence internationale parce qu’ils ont une typicité propre et le consommateur apprécie ces vins à des prix très raisonnables.
Brigitte Dussert : Le Languedoc n’a-t-il pas misé sur un phénomène de renouveau et de mode ?
Patrick Dussert-Gerber : Le Languedoc n’est pas l’Eldorado, les territoires sont cernés, les appellations ont fait des efforts, mais les meilleurs terroirs sont occupés. Il manque bien sûr une identité. Certains ont fait des micro-cuvées ou des vins “modernes”. Pourtant, j’apprécie particulièrement (et défends) les vignerons qui élèvent ces vins rouges épicés et charnus (Corbières, Minervois...). Là aussi, il faut mettre en avant la spécificité des sols et les cépages locaux.
Brigitte Dussert : Y-a-t-il eu des changements en Provence ?
Patrick Dussert-Gerber : D’un point de vue climatique, la Provence est comparable au Languedoc, ces deux vignobles ont la chance d’avoir des conditions idéales pour le mûrissement de raisins sains. En-dehors de Bandol, qui a toujours eu une très bonne image, la région a connu une crise de confiance des consommateurs qui associaient le tourisme à des petits vins à déguster sur la plage, notamment les rosés. Il s’agit de savoir frapper à la bonne porte, là comme ailleurs. Pour notre part, nous soutenons depuis bien longtemps de grands vins en Provence, en rouge, en rosé comme en blanc, que ce soit dans les Côtes de Provence, à Bandol ou dans les Coteaux d’Aix... Ceux-là (est-ce un hasard ?) sont liés à des terroirs qui laissent s’exprimer au mieux les cépages traditionnels de la région (Mourvèdre, Grenache, Cinsault, Rolle, Ugni blanc...).
Brigitte Dussert : Vous n’aimez pas noter les vins...
Patrick Dussert-Gerber : Même si c’est le tout-venant, je me suis toujours refusé à “noter” un vin. C’est pour moi une négation de ce “Sang de la Terre et du Ciel” que de le ramener à l’affubler d’une note comme on le ferait pour une dégustation de petits pois. C’est oublier la main de l’homme et la dimension humaine et subjective du vin. Faire cela, c’est comme si on notait un acteur de cinéma ou des peintres contemporains de 1 à 20. Mon respect pour le travail des vignerons ne m’incite pas à agir ainsi. Pour avoir du succès, pour durer, en édition comme en vins, l’image ne suffit pas, il faut du concret, du contenu. Le contenu, c’est par exemple, les Classements. Leur but n’est pas de “comparer” tel ou tel cru, mais plutôt de symboliser des “coups de cœur”. Aucun Classement n’est à comparer avec un autre, et il ne doit pas avoir de rapprochement entre une région ou une autre (voir les régions concernées).
On l’a compris, le prix n’est pas un facteur de qualité, c’est la typicité qui prime. On peut élever un vin formidable à un prix modeste et on peut tout aussi bien expliquer des prix qui semblent exorbitants si le vin le mérite. On peut aussi faire un vin “sans âme ni vertu”, sans intérêt, à 5 ou à 100 euros. Il faut aussi, et nous le faisons, être sensible à tous les vins, aller sur place, dans toute la France, rencontrer, goûter, découvrir, parler, et ne pas se contenter de dégustations mondaines, qui masquent la réalité du terrain. En 26 ans, j’ai eu droit à tout : à la morgue de certains, à la frime de nouveaux venus, aux leçons de morale comme aux jalousies. Mais, je n’ai pas dévié d’un pouce, et respecté cette ligne de conduite qui m’attire vers ceux, les amateurs comme les vignerons, qui sont humbles face à la force de la Nature.
lundi 14 avril 2008
Le (vrai) goût du vin
Pour moi, le vin n’a jamais été une boisson. Si l’on a soif, il y a l’eau. Le vin, c’est bien un art à part entière. Nul ne peut apprécier un Picasso ou un Van Gogh, le jazz ou l’opéra, une sculpture, une culture différente de la sienne sans un minimum de connaissance. On ne peut aimer les uns et les autres que si l’on comprend le pourquoi des choses et la passion humaine. Et bien, pour le vin, c’est pareil : il faut expliquer pourquoi un Chinon ne ressemble pas à un Gigondas, expliquer le terroir, le cépage, l’alliance de l’un et de l’autre, il faut expliquer encore que le Cabernet franc est différent du Grenache, et conseiller, c’est fondamental, l’accord des vins et des mets, selon les habitudes régionales, les gens, l’humeur… Ce qui compte, c’est l’originalité.
En dégustation, un consommateur doit pouvoir reconnaître un Saint-Émilion, un Châteauneuf-du-Pape de par cette diversité des cépages si bien adaptés aux différents terroirs français. La force du vin, c’est d’être un produit vivant et convivial. C’est donc un art de vivre, celui d’aimer la force de la nature, de rêver en lisant quelques vers de poésie, de partager un nectar, en sachant que la qualité passe par la diversité, que l’extase est la même avec un très grand cru ou un vin modeste, puisque seuls comptent le plaisir de l’instant et celui du goût et du partage. Ce goût du vin, c’est avant tout culturel, c’est une question de mémoire collective avec une histoire, une tradition, ce que ne pourra jamais offrir un vin “fabriqué”, français ou étranger.
Aller sur le terrain, partout
Ma sévérité pour sélectionner des crus se passe sur le terrain. Ma force, c’est ma passion. Je suis autant à l’aise av,ec un grand “seigneur” médocain qu’avec un viticulteur alsacien qui apporte son vin à la coopérative. Je prends autant de plaisir en débouchant un Cahors qu’un Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion, je partage autant d’affinités avec un vigneron du Beaujolais qu’avec une grande “figure” champenoise. Il y a des vins et des vignerons formidables dans tous les coins de France, et il y a les autres, un point c’est tout. Pour moi, en effet, le choix est vite fait.
Je revendique à la fois la subjectivité (qui n’en a pas ?) et l’objectivité (qui peut l’être totalement ?). C’est l’essence même de la nature humaine. On ne voit pas souvent non plus de “dégustateurs” au fin fond de la vallée du Rhône, de la Loire ou de l’Alsace, de la Provence ou de la Bourgogne, un bon nombre se précipitant par contre lors des dégustations de “grands vins”. À croire que, pour eux, les 99 % du vignoble restant n’ont aucun intérêt. Ce n’est pas notre manière d’agir, nous, nous y allons, par respect, pour l’information, pour la curiosité, pour soutenir, pour écouter. Il suffit de questionner les vignerons pour en avoir la preuve. On me voit sur le terrain, et pas seulement dans les grands crus. Qui d’autre va saluer sur place chaque année, un vigneron au fin fond du Béarn ou de Visan ? Qui d’autre se passionne autant pour un Chinon que pour un grand Pomerol, pour un “simple” Bordeaux Supérieur comme pour l’un des plus beaux Meursault ?
J’ai la chance d’apprécier sincèrement chaque style de vin, du plus simple au plus grand, sans faire de parallèle ni de comparaison. Je ne suis pas blasé. Pas mon genre de perdre le temps d’un déjeuner avec un propriétaire orgueilleux, mais je suis prêt à m’enthousiasmer pour un vigneron qui a la foi, pour soutenir un autre qui en a besoin, pour prendre le temps de rencontrer ceux qui m’inspirent ou pour “boire un canon” en toute convivialité.
À mes débuts, Émile Peynaud, avec lequel j’ai appris pas mal de choses essentielles, avait écrit un formidable livre justement intitulé le Goût du Vin. C’est avec de tels écrits, comme cet autre extraordinaire Histoire de la Vigne et du Vin en France, de Roger Dion, que l’on comprend pourquoi le vin est l’emblème d’une civilisation, celui d’un raffinement et d’une intelligence, celui d’une osmose entre la nature et l’homme. Le vin, c’est une culture, et donc un véritable patrimoine qui vaut la peine d’être défendu. Il faut soutenir le travail des vignerons qui vont dans le même sens, qui partagent cette même éthique, à savoir le respect de la nature, du terroir, de l’homme, et le plaisir du vin. Ils font un vin à leur image et doivent ensuite faire passer leur message auprès des consommateurs en leur démontrant pourquoi leur propre vin est différent de celui du voisin, pourquoi le vin sent la framboise, la griotte, comment s’exprime un terroir de marnes kimmeridgienne à Chablis, de silex dans la Loire, de molasses calcaires ailleurs, de “crasse de fer” dans le Libournais…
Un vin, un vrai
Ce qui différencie un vrai vin (le prix n’entre pas en compte alors) d’un simple produit aseptisé, rouge ou blanc, c’est donc ce qu’il nous apporte : le plaisir. Et l’on ne se fait pas plaisir quand on débouche certains vins “modernes” ou à la mode. L’abus de la barrique neuve en est un exemple type. Rares sont les vrais grands vins qui dépassent 50 à 70 % de barriques neuves, et, eux, ont un terroir qui permet de sortir des vins qui “tiennent” autant de pourcentage de fûts neufs. Il est aisé de comprendre qu’un élevage à 100 % en barriques neuves ne peut que produire des vins trop boisés, imbuvables, certains à la limite de l’écœurement à cause, en plus, d’une concentration à outrance. Quel intérêt de boire un vin de Bordeaux qui aurait le même goût qu’un vin du Languedoc, de Chine ou d’Australie. Le vin, ce n’est pas cela, ce n’est pas un jus de bois mais un jus de raisin. Il faut qu’il garde son fruit et de la finesse. Quand on a la chance de pouvoir sortir de son sol un Sancerre “minéral”, un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Chambertin marqué par la griotte, un Sauternes issu du Botrytis, un Champagne où la craie apporte cette élégance… on n’a pas besoin de tricher. On a besoin ensuite de le faire savoir, d’expliquer pourquoi tel terroir donne à son raisin, puis au vin, ce goût de poivre ou de cannelle, tel autre celui du chèvrefeuille ou du cassis.
Le vin, c’est comme la vie : un peu de poésie, l’empreinte d’une origine, quelques notes de souvenirs, un zeste de sensualité, de la mesure et du respect. Il faut aussi être sensible à tous les vins, aller sur place, dans toute la France, et ne pas se contenter de dégustations mondaines, qui masquent la réalité du terrain.
samedi 8 mars 2008
Ce qu'il faut Savoir sur Le 2007
Brigitte Dussert : le millésime 2007 a été critiqué dès le mois de septembre, avant les vendanges, notamment à Bordeaux? Qu’en-est-il?
Patrick Dussert-Gerber : c’est navrant. Je l’ai déjà écrit dans mon Blog, début Février : on juge sans savoir, sans avoir rien goûté, pas enquêté, pas suivi l’évolution des raisins, ni les vendanges, ni les sélections, pas vu les efforts des hommes, les éclaircissages, ni les tris, rien compris à l’influence des terroirs cette année, celle du calcaire ou des graves en sous-sol, rien vu de le réactivité du Cabernet-Sauvignon, pas saisi la résurgence de l’acidité, pas assimilé ce long cycle végétatif, ni les vinifications… Il y a des critiques trop imbus d’eux-mêmes qui disent n’importe quoi, ils se sont découverts à cette occasion...
D’une manière générale, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le millésime 2007 est relativement classique.
Il faut comprendre que, ces dernières années, nous nous sommes habitués à goûter des millésimes “très chauds” dû, au réchauffement climatique peut-être, en tout cas à des millésimes particulièrement précoces. Les viticulteurs se sont habitués à récolter des raisins très mûrs, il y a même eu des millésimes très atypiques comme le 2003, voire le 2005, même si c’est un grand millésime. On a oublié que les grands vins français avaient -aussi- besoin d’une bonne acidité.
Les vins ne doivent pas être alcoolisés, j’ai le recul de trente années d’expérience professionnelle et, que ce soit dans la Loire ou à Bordeaux, on ne faisait pas de vins ultra-concentrés, trop riches. Même à Châteauneuf du Pape, voire en Languedoc, où les vins sont charnus et colorés, ils doivent conserver et associer finesse et densité, et ne pas être uniquement des vins gorgés d’alcool, trop capiteux.
Ce sont ces qualités qui caractérisent les vins français, par rapport aux vins américains ou espagnols qui sont des vins plus lourds par manque d’un équilibre d’acidité.
Souvent, on oublie que ce sont les meilleurs terroirs qui donnent l’acidité. Dans un millésime plus délicat comme le 2007, on va se rendre compte que dans les territoires de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne, les vins les plus réussis, les plus grands, seront les vins issus de vrais terroirs qui assimilent la différence climatique, où la vigne a eu le moins de stress hydrique, et c’est ce qui fait toute la différence.
C’est un millésime qui fait honneur aux grands terroirs, si vous avez de vieilles vignes en coteaux, sur des croupes ou sur des plateaux avec un bon terroir filtrant, vous aviez tous les atouts pour faire un très bon 2007. Par contre, si les terres sont trop riches ou dans les bas-fonds, dans un millésime comme 2007, cela ne pardonne pas. C’est vrai dans tous les vignobles.
Brigitte Dussert : vous voulez dire que c’est un millésime où l’on n’avait pas droit à l’erreur ?
Patrick Dussert-Gerber : cela veut tout simplement dire qu’il faut vivre avec la nature, accepter ses aléas, profiter justement des nouvelles techniques pour mieux les combattre, mais toujours différencier chaque millésime, lui rendre son style, et les techniques ostentatoires ne servent pas à grand-chose si l’on n’a pas un terroir. La priorité, c’est laisser s’exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faire la nature, en l’accompagnant quand il le faut.
Le vin, c’est comme la vie : un peu de poésie, l’empreinte d’une origine, quelques notes de souvenirs, un zeste de sensualité, de la mesure et du respect. Il faut aussi être sensible à tous les vins, aller sur place, dans toute la France, et ne pas se contenter de dégustations mondaines, qui masquent la réalité du terrain.
Des millésimes comme ce 2007 permettent de cadrer le monde du vin. Ils remettent les “pendules à l’heure”. Pas question de jouer les apprentis chimistes dans un millésime comme celui-ci, c’est le travail dans les vignes, la force des terroirs et l’assiduité des vignerons qui font le succès. C’est beaucoup trop facile de réussir un 2005. Savoir élever un vin, c’est réussir son 2007.
D’ailleurs, les vins typés, de toute la France, que l’on goûtait il y a 25 ans n’ont pas tellement changé, ils étaient bons et ils le sont toujours, avec cette empreinte très forte de leur terroir.
lundi 25 février 2008
MILLÉSIMES 2008 : tout l'art d'être vigneron...
MILLÉSIMES 2008 paraît la semaine prochaine. Un nouveau numéro annuel exceptionnel, où nous avons particulièrement enquêté sur la qualité du millésime 2007. On peut vous le dire : la France a du talent ! Voici son Édito.
Cette année, avec ce millésime 2007, nous allons avoir l’occasion de voir l’art des vignerons, la force des terroirs et de revenir vers des vins plus classiques, mieux équilibrés, plus élégants. Il faut comprendre que la force de nos vins, c’est justement d’apporter une finesse qu’un bon nombre de concurrents ne peuvent s’offrir. Qu’est-ce qui différencie en effet un vin français d’un autre ? On a les mêmes cépages, les mêmes techniques de viticulture et d’œnologie...
Il y a trois paramètres qui font la différence :
- les sols. À l’exception de l’Italie, aucun autre pays ne possède une aussi grande palette de terroirs, dans lesquels on a su planter -c’étaient souvent des moines- les cépages adéquats. Les exemples pullulent, partout : à Chablis (sols kimméridgiens), en Champagne (la craie, le calcaire), en Bourgogne (pierrosité, marnes rouges ferrugineuses, marnes blanches, sols bruns calcaires...), dans la Vallée du Rhône (molasses, quartz roulés, argiles rouges...), dans la Loire (terres argilo-siliceuses -les fameux”silex”, schistes, plateau calcaire -le “‘tuffeau”, craie marneuse...), à Bordeaux (sols graveleux, graviers, croupe de graves garonnaises...), etc.
- les climats. Quels sont les autres vignobles qui possèdent autant de variations climatiques ? Faut-il rappeler l’influence du mistral en Provence et dans le Rhône, de la forêt en Champagne, de l’océan ou des fleuves à Bordeaux, des positions des vignes sur les versants en Bourgogne comme leur altitude en Alsace, de la méditerranée et du vent en Languedoc, etc.
- les hommes. On a des vignerons dont les ancêtres faisaient du vin il y a plus de 500 ans ! On a des hommes et des femmes qui parviennent -malgré les modes et les appels des “sirènes”- à rester au plus haut niveau depuis des décennies, bien avant que l’on imagine même de pouvoir planter des vignes en Australie ou en Californie, bien avant que l’on nous chante les louanges des vignobles de Nouvelle-Zélande, d’Argentine ou de Roumanie.
Bref, on sait non seulement faire du bon vin, ce que tout le monde peut faire, je vous l’accorde, mais on sait surtout faire des vins racés, reconnaissables entre mille, qui sentent ce “fumé” bourguignon, déploient ce “velours” libournais, cette “chair” en Médoc ou à Châteauneuf, cette “minéralité” à Pouilly ou à Meursault, cette fraîcheur en Champagne comme dans nos grands liquoreux.
C’est cela notre force : la différence, la variété, l’originalité... La typicité, ce n’est rien d’autre que l’association d’un sol, d’un micro-climat, d’une plante et d’un homme.
Vous comprendrez que l’on est loin des producteurs qui se disent “modernes”, “révolutionnaires”, “découvreurs”, trop imbus d’eux-mêmes... et nous abreuvent de produits standardisés, au goût régulier chaque année, confondant le principe de se servir des techniques modernes pour “coller” à la nature et celui de les utiliser à outrance (surmaturation, surconcentration...).
Nous, on aime les vins qui ont une âme, qu’ils valent 7€ ou 100 fois plus, élevés par des vignerons conviviaux, passionnés et humbles face à la nature. Ces vignerons ont du talent et sont dans ce numéro.
mardi 19 février 2008
Les grands vins du Jura
Cellier des CHARTREUX
Domaine Pignier
11, place Rouget-de-Lisle 39570 Montaigu
Tél. 03 84 24 24 30
Fax. 03 84 47 46 00
e-mail : pignier-vignerons@wanadoo.fr
www.domaine-pignier.com
Vignoble de 15 ha conduit en biodynamie, contrôle Demeter (7e génération). Excellent Côtes-du-Jura blanc Chardonnay A la Percenette 2005, au nez caractéristique de tilleul et d’amande. Savoureux Côtes-du-Jura Vin de Paille 2001, puissant et suave, dense et velouté, de belle couleur, dominé par des notes de pain grillé et de fruits confits. Le Côtes-du-Jura blanc Chardonnay Cellier des Chartreux 2004, tout en persistance aromatique avec des nuances subtiles de rose et de chèvrefeuille, une cuvée vive et fine en bouche comme il se doit, franche et suave. Beau Vin Jaune 99, pur Savagnin (fermentation en caves fraîches et vieillissement en pièces de chêne durant 6 ans et 3 mois sous voile avec une perte de 6% par an), issu d’une sélection rigoureuse (Antoine, à la vinification, ne retient que la moitié des pièces qui deviendront du Vin Jaune), un vin racé, dense et d’une grande complexité d’arômes, d’évolution lente.
Joseph DORBON
Place de la Liberté 39600 Vadans
Tél. et Fax. 03 84 37 47 93
Une exploitation de 3 ha. Valeur sûre avec ce Trousseau Vieilles Vignes, élevé en cuves inox 10 mois et issu de vignes de plus de 40 ans, vendanges manuelles, de belle teinte, rond et fruité, un vin très aromatique en bouche. Excellent Crémant du Jura, tout en fraîcheur, aux notes de fruits frais et d’acacia, de mousse fine et persistante. L’Arbois Chardonnay Vieilles Vignes, très bien élevé en pièces de 225 l pendant 24 mois, issu de vignes de plus de 40 ans (vendanges manuelles), un vin de bouche puissante, bouqueté, ample en bouche, dense et fruité, avec des notes florales et briochées persistantes au palais. La cuvée Spéciale Vieilles Vignes, issue d’un assemblage de Chardonnay (60%) et de Savagnin (40%), vieillie pendant 27 mois en pièces, de bouche puissante, est riche en bouquet, d’une belle finesse, aux notes de fruits secs, structuré et parfumé, ample et persistant, un vin d’excellente évolution.
Jean et Laurent MACLE
39210 Château-Chalon
Tél. 03 84 85 21 85
Fax. 03 84 85 27 38
Incontestablement au sommet. Une maison créée en 1850, 12 ha de vignes en Château-Chalon et en Côtes-du-Jura, sur des terres argilo-calcaires et éboulis de falaises en surface, exposition sud-est et plein sud. Le Château-Chalon possède une typicité propre par rapport aux autres Vins Jaunes, expliquée par son terroir de marnes gris bleuté du lias augmentées du cailloutis provenant des falaises supérieures, aidant au réchauffement du raisin et à sa meilleure maturation. Les vignes en coteaux et souvent à très forte pente (45%) expliquent la passion des hommes pour cultiver leur vignoble (travail à la chenille, façonnage des terrasses...) et défendre cette appellation, n’hésitant pas à mettre en place une dégustation d’agrément en fin d’élevage, avant la mise en bouteilles. On remarque le sceau de l’AOC sur la bouteille clavelin caractéristique.
Savourez comme nous ce superbe Vin Jaune Château-Chalon 99 (35 hl/ha, Savagnin), issu d’une sélection de vieilles vignes et d’un petit vignoble planté sur un sol argilo-calcaire, un grand vin racé, au nez de musc et de noisette, dense, puissant et parfumé, aux nuances complexes de pain brioché, de musc et de noix, chaleureux et d’une longue finale, d'une grande garde, élevé très soigneusement en fûts de chêne 6 ans minimum, de très grande évolution (certains se gardent un siècle), qui vaut largement son prix quand on sait les soins qu’il faut lui consacrer. Remarquable Côtes-du-Jura blanc, issu des Chardonnay (80%) et Savagnin (20%) plantés aussi sur un terroir argilo-calcaire en fortes pentes exposées au sud-sud-est, tout en persistance aromatique avec des connotations de noisette et d’abricot sec, tout en charme, riche, qui associe fraîcheur et charpente au palais, à découvrir à l’apéritif, sur une truite saumonnée comme sur une blanquette de veau. Leur Macvin du Jura est une référence, à savourer pour lui-même, devant un feu de cheminée. Exceptionnel rapport qualité-prix-typicité.
Domaine de la PINTE
Propriétaire : famille Roger Martin
Régisseur : Philippe Chatillon
Route de Lyon, BP 16
39600 Arbois
Tél. 03 84 66 06 47
Fax. 03 84 66 24 58
www.lapinte.fr
Vignoble de 30 ha en agriculture biologique. Bel Arbois Savagnin 2002, avec ces notes subtiles de noisette et d’aubépine, une cuvée toute en bouche, toute en légèreté, alliant saveur et distinction, de bouche onctueuse et persistante. L’Arbois Pupillin blanc 2005, alliant élégance et structure, au nez subtil où se développent des arômes d’agrumes et des nuances de noisette et de pain grillé. Goûtez l’Arbois Trousseau 2004 et l’Arbois Pinot noir 2003, coloré et corsé, avec cette bouche bien charnue et séduisante dominée par les fruits à noyau et la cannelle. Excellent Arbois Pupillin Melon à Queue rouge 2005, de robe grenat, un vin charpenté et savoureux, aux tanins riches, au nez de cerise macérée, un vin épicé en bouche. Leur Arbois Vin Jaune 1999 est très long en bouche, typé et classique, puissant, aux nuances de pain grillé, d’épices et de noix, complexe et dense.
Jean-Louis TISSOT
Vauxelles 39600 Montigny-les Arsures
Tél. 03 84 66 13 08
Fax. 03 84 66 08 09
e-mail : jean.louis.tissot.vigneron.arbois@wanadoo.fr
Création du domaine en 1965 avec quelques ares de vignes en location, achat de terrains pour plantation et achat de vignes uniquement sur l’appellation Arbois. Le domaine fait 15 ha de vignes aujourd’hui (en cépages blancs : Chardonnay 4,5 ha soit 33% du vignoble, Savagnin 2,5 ha soit 17%; en cépages rouges : Poulsard 6 ha (42%), Trousseau 1,5 ha (6%) Pinot noir 0,5 ha (2%), moyenne d’âge des vignes 35 ans). Remarquable Vin Jaune 99, corsé, avec cette complexité où se retrouvent des nuances d’épices et de pomme cuite, un vin chaleureux et d’une grande intensité en finale. Le 98, médaille d’Argent concours des vins du Jura, associe le fruit à la charpente, épicé, gras, racé et persistant, marqué par son terroir. Le Poulsard, au nez où dominent le pruneau et les sous-bois, est un vin de bouche flatteuse et riche à la fois, complexe, avec des tanins veloutés, tout en bouche. Beau Vin de Paille 2001, où couleur et présence aromatique intense définissent ce beau vin très gras, aux senteurs persistantes, très onctueux en bouche.
lundi 11 février 2008
Défendre la typicité en rejetant le dopage
Je connais plus de 3 000 vignerons, dont un bon nombre que je respecte, même s’ils sont absents du Guide. Les producteurs de vin qui ne pensent qu’à augmenter leur prix, à récolter une bonne note en maquillant leur vin, à adapter un vin selon la mode, n’ont aucun intérêt. À quoi bon faire un vin sans plaisir ? Ne vaut-il pas mieux encenser l’effort et le talent que la “gonflette” et la triche ? Quel est le champion le plus estimable : celui qui se “dope” ou celui qui gagne parce qu’il est le meilleur ? Élever un vin, c’est faire preuve d’humilité. L’humilité, c’est une nature, pas un objectif de marketing. Il y a des producteurs de vins très chers qui méritent le respect. D’autres se croient supérieurs aux autres, et le montrent.
Les vins “putassiers” existent toujours car il y a des acheteurs qui se font “bluffer”, mais il y a un revers à la médaille. Le phénomène “vin de garage” se tasse, car l’on se rend compte que ces vins ne tiennent pas la distance. La déception est grande, mais beaucoup plus infime en comparaison de celle d’un consommateur qui a payé une bouteille aujourd’hui sans intérêt à plus de 200 ou 300 e. Si l’on veut être respecté, il faut respecter les autres, en l’occurrence les consommateurs. On fabrique donc (quel autre mot pourrait-on employer ?) ici ou là des vins maquillés, produits comme un drink ou un cocktail. Certains choisissent de faire un vin qui plaît à tout le monde, qui a un goût uniforme, où on se contente de mettre particulièrement le cépage en avant, et c’est bien la preuve que l’on veut escamoter le terroir, ou tout simplement que l’on n’en a pas ! À ce jeu, on ne peut d’ailleurs pas lutter contre les multinationales du vin. Raison de plus pour ne pas le faire.
À quoi bon surconcentrer les vins, ajouter des levures aromatiques à outrance, un élevage 100 % (voire 200 %) en barriques neuves quand l’élevage ne doit être qu’un apport, ajouter des copeaux de bois, pratiquer démesurément l’osmose inverse, le micro-bullage ou la micro-oxygénisation, filtrer de plus en plus… Tout cela dépersonnalise les vins et les « aseptise », ces vins encensés par certains, vendus à des prix inadmissibles grâce à cela, ne valent plus tripette au bout de 3 ans quand on les sert dans un verre. Il y a donc de quoi sourire sur ce phénomène de « vins de mode ». Comme les OGM, il y a donc ces « VVM » (Vins Vinifiquement Modifiés). À prendre avec humour, bien que ce ne soit pas bien drôle.
On a donc fait des vins de dopage, un point c’est tout. Cela veut tout simplement dire qu’il faut vivre avec la nature, accepter ses aléas, profiter justement des nouvelles techniques pour mieux les combattre, mais toujours différencier chaque millésime, lui rendre son style, et les techniques ostentatoires ne servent pas à grand-chose si l’on n’a pas un terroir. La priorité, c’est laisser s’exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faite la nature, qui n’a besoin de personne… Un bon vigneron, qui fait un bon vin, n’a pas besoin de se justifier ou de se déjuger. Quand on a chance de pouvoir sortir de son terroir un Sancerre « minéral », un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Sauternes issu du Botrytis… on n’a pas besoin de tricher. On a besoin ensuite de le faire savoir, de communiquer, d’expliquer pourquoi tel terroir donne à son raisin, puis au vin, ce goût de poivre ou de cannelle, tel autre celui du chèvrefeuille ou du cassis. L’usage de la barrique peut être incontestablement un plus, encore faut-il savoir le maîtriser.
dimanche 20 janvier 2008
Un vrai vin, sinon rien
Un vrai vin, c’est tout ce que l’on demande. Un vin vraiment marqué par son terroir, sans fioritures, un vin aux arômes naturels de fruits ou de fleurs, pas un produit qui “pue” le bois, un vin distingué, tout en rondeur, pas un vin confituré, concentré à outrance, etc. Vous l’avez compris, il s’agit de savoir choisir désormais entre un vin digne de ce nom et un autre, tant on peut déboucher des bouteilles chères et décevantes, d’un cru renommé comme d’un vin de pays. La mode, la facilité, l’aseptisation du goût sont monnaie courante dans tous les vignobles et nous devons, aujourd’hui plus qu’hier, soutenir les vignerons qui pensent comme nous.
Globalement -vous lirez tout cela en détail dans le Guide- un bon nombre de vins rouges (bordelais certes, où le phénomène est exacerbé, mais pas seulement, le Languedoc, et même la Bourgogne suivent) sont en effet “sans âme ni vertu”, flatteurs mais inintéressants, “putassiers” étant le mot juste. Pour les blancs, on va vers une exagération de la rondeur au détriment de l’acidité (en Alsace comme dans la Loire) et, là aussi, la typicité est “gommée”. Ceux qui élèvent ces vins jouent le jeu de la mondialisation du goût, face à laquelle, faute d’originalité, nous ne pouvons que perdre si l’on se met en concurrence avec des vins australiens, chiliens ou autres, qui n’attendent que cela.
Franchement, c’est quand même mieux de déboucher un Sancerre qui développe ces nuances de “silex”, un Bandol où le Mourvèdre s’épanouit, un Saint-Julien marqué par l’élégance, un Pomerol par son sous-sol de “crasse de fer” ou un Gevrey-Chambertin aux notes giboyeuses…
Voilà pourquoi nous devons continuer à combattre les vins sans originalité, standardisés, au même titre que le poulet ou le pain sans saveurs. Notre force, c’est d’avoir notre originalité, cette spécificité rare, qui, du plus grand des grands crus au vin le plus modeste, signe un vin original, artisanal, dans son sens le plus noble. On est loin de l’arrogance, de la frime des chais flambants neufs, de l’épaisseur d’un dossier de presse ou de ceux qui ne pensent qu’à engranger des sous.
mercredi 9 janvier 2008
Mens sana...
Le vin, celui que nous défendons en tout cas, est une entité à part entière, magique, unique, qui associe l’inné et l’acquit, le talent et la passion, le ciel et la terre, l’homme et la science, le matériel et l’irrationnel, la poésie et le savoir, le plaisir et la mesure (si l’on a soif, on boit autre chose)... Il y a, pour accéder à cela, deux valeurs, intimement liées, que certains “winemakers” tentent de nous faire oublier :
- une culture. Celle du vin s’exprime de plusieurs façons. En premier lieu, il faut respecter la nature. C’est elle qui a modelé des territoires, formé des strates, créé l’érosion, apporté des alluvions... Qui peut nier la force d’un terroir de silex à Sancerre, des calcaires marins à astérie à Saint-Émilion, des galets et de l’argile à Châteauneuf-du-Pape, de la craie en Champagne, du calcaire enrichi de marnes rouges à Gevrey-Chambertin, des graves et de l’alios à Léognan ou des marnes du lias en Alsace... ? Cette nature, enrichie d’altitudes et de climats spécifiques (l’influence océanique est forte en Médoc, le mistral souverain en Provence, les bois et forêts protecteurs en Champagne...), il faut donc l’entretenir, la respecter, la mettre en valeur au travers d’une écologie évidente. L’homme n’intervient qu’après. Il a le choix : soit il se prend (très) au sérieux, plante n’importe où, mise sur les sophistications œnologiques, multipliant les “jus de confiture”, bref, fait un “produit”, blanc, rouge, mousseux ou rosé, et parfois à des prix inadmissibles. Soit (on se doute que c’est celui-ci qui a notre préférence), le vigneron fait partie intégrante de son terroir, s’efface devant lui en le laissant s’exprimer, maîtrisant les techniques modernes qui sont alors les bienvenues quand elles ne viennent pas “aseptiser” les vins. Évidemment, il s’agit d’abord d’avoir un terroir digne de ce nom... ceci expliquant peut-être cela. Le vin, c’est donc le reflet d’un état d’esprit.
- une éthique. Eh oui, il faut avoir une éthique, aujourd’hui plus qu’hier. En-dehors d’une éthique de la vigne, il y a une éthique morale. On ne peut pas accepter l’arrogance de quelques propriétaires (vous n’en trouverez pas beaucoup dans MILLÉSIMES, www.millesimes.fr) face à la crise sociale que connaît (comme d’autres secteurs) le monde du vin en France. Chacun doit être rémunéré et la solidarité doit primer. Le prix n’entre pas en cause, c’est l’état d’esprit qui compte : on peut être riche et savoir partager, élever le plus grand vin du monde et rester modeste, promouvoir sa région avant d’aller chercher ailleurs. C’est cela, qui mérite le respect. L’exception confirmant la règle, un vin doit donc avoir un prix cohérent. Exit les dossiers de presse dythirambiques, la mode, l’exubérance, la frime, les réputations galvaudées... Ce qui compte, c’est le vrai rapport qualité-prix-plaisir. On revient à la culture, aux traditions, à l’humilité. C’est aussi vrai pour notre société, où l’effort doit être encore plus récompensé. Le talent, le travail, le sens des réalités sont les clés du succès et du bien-être.
En fait, pour faire un bon vin, et à fortiori un grand cru qui devient un exemple à suivre, il faut simplement aimer la vie et les autres, respecter la nature et ses clients, prendre plaisir à “boire un canon” sans ouvrir son tiroir-caisse, savoir partager, communiquer, investir...
Si beaucoup de pays nous copient, c’est que nous sommes toujours les meilleurs. Aucun ne peut cumuler une telle spécificité de terroirs, nos traditions gastronomiques, notre savoir-faire ancestral. À nous de le prouver, de se remettre en cause quand il le faut. On sait le faire, et les vignerons dignes de ce nom n’ont pas besoin de “gourous” qui prêchent la standardisation en croyant être “modernes”, alors que notre avenir, notre richesse, c’est notre diversité, du plus grand des grands crus au plus modeste. Ces hommes et ces femmes du vin, qui travaillent le plus souvent d’ailleurs en famille (comme nous) : on les apprécie, on les soutient car nous partageons ces valeurs communes. C’est aussi cela, avoir un esprit sain.
vendredi 21 décembre 2007
Calon-Ségur au sommet
J’apprécie depuis quelque 30 ans Denise Gasqueton, qui, par son attachement à laisser s’exprimer son terroir au mieux, sans artifices, renvoie au jardin d’enfants les producteurs qui ne savent parler que de concentration, surboisage ou microbullage à outrance. Elle élève, elle, comme une poignée de personnalités bordelaises, un (très) grand cru où la distinction prédomine, un vin lent à se faire comme il se doit (des millésimes comme 89, 82 ou 79 sont grandissimes actuellement). Calon-Ségur est l’un des vins les plus racés de Bordeaux, et bénéficie, pour un tel niveau qualitatif, d’un rapport qualité-prix qui devrait en faire réfléchir plus d’un, ceci expliquant tout naturellement qu’il parvienne au sommet dans mon Classement.
Les références historiques ne manquent pas à Calon, qui doit son nom à une petite embarcation utilisée au Moyen Âge pour transporter le bois d’une rive à l’autre, le village s’appela d’ailleurs Saint-Estèphe-de-Calon pendant longtemps. Le domaine, dirigé par Denise Gasqueton, s’étend sur 94 ha de vignes sur le terroir de Saint-Estèphe, et regroupe les Châteaux Calon-Ségur, Marquis de Calon (seconde marque de Calon) et Capbern Gasqueton, un Grand Cru Bourgeois tout en finesse. Calon-Ségur est un beau vignoble d’un seul tenant, composé des 3 cépages classiques de la région, dans une proportion idéale : 65 % de Cabernet-Sauvignon, 15 % de Cabernet franc et 20 % de Merlot, dont l’âge moyen des vignes est exceptionnel (40 ans). Une vinification très traditionnelle, sous la surveillance de Pascal Ribéreau-Gayon, un élevage d’une durée moyenne de 24 mois avec l’utilisation de 30 à 50 % de barriques neuves chaque année, selon la puissance du millésime, viennent s’associer à une sélection sévère de la vendange pour tirer la quintessence de ce terroir.
La dégustation
Ce Saint-Estèphe 2004 est sûrement l’une des plus belles bouteilles de la région, exceptionnel, de bouche puissante et dense, aux tanins très équilibrés, aux notes de cerise et de réglisse, un vin qui commence à peine à s’ouvrir, dans la plus pure tradition médocaine, un exemple pour beaucoup. Très beau 2003, encore fermé, plus exubérant (c’est le millésime qui veut cela), volumineux, d’une belle couleur pourpre, charnu et parfumé, au nez persistant de petits fruits rouges mûrs, de cuir et de sous-bois, avec beaucoup de matière. Le 2002 est superbe, très classique, une réussite, très puissant, de robe grenat intense, au bouquet complexe où se marient des notes fruitées et de sous-bois, un vin gras et distingué, aux tanins fermes, de garde, bien sûr. Exceptionnel 2001, aux nuances épicées, un vin dense, tout en harmonie, riche au nez, avec ces notes de mûre et d’humus, et des nuances de cuir et de pruneau en bouche, aux tanins fermes, de lente évolution. Le 2000, un grand vin, est encore très jeune, racé, tout en puissance, avec beaucoup de matière, des arômes de fruits rouges surmûris et de cuir, d’un grand potentiel d’évolution. Remarquable 99, qui associe structure et finesse, de couleur grenat, ample et parfumé, bien corsé, aux tanins bien équilibrés, un vin ferme et persistant. Le 98 est un très grand vin, tannique, puissant, concentré mais tout en finesse, très structuré, harmonieux, aux notes complexes (mûre, truffe…), de garde. Le 97 est de bouche fondue, riche, séduisant avec des notes de mûre, très parfumé, très rond, un vin ample au nez comme en bouche, aux tanins mûrs, d’une jolie finale. Beau 96, aux arômes de fruits surmûris, d’épices, de cuir, de couleur profonde, un vin très riche, aux tanins très équilibrés, de garde. Le 95 est particulièrement savoureux, d’une grande intensité au nez comme en bouche (cuir, griotte confite, sous-bois…), gras et dense, un grand vin parfumé, tout en bouche, de grande évolution, vraiment superbe. Prix très sages.
mardi 20 novembre 2007
Petrus : dégustation des millésimes 2004 à 1997
Mon ami (de 30 ans) Jean-François Moueix est le propriétaire de ce cru mythique. Cultivant l’humour et la discrétion comme d’autres le snobisme et l’esbroufe, il poursuit une politique exemplaire, qualitative certes, mais aussi commerciale, puisque c’est lui, et lui seul, qui vend Petrus (le cas est unique ici), notamment au travers de sa prestigieuse maison Duclot, ou de ses nombreuses autres entreprises (boutiques l’Intendant et Badie à Bordeaux, Châteaux Cash & Carry en région parisienne…) et un bon nombre de grands vins bordelais peuvent rendre aussi hommage à son impartialité et à sa fidélité envers eux, année après année. On ne peut contester que Petrus fait partie de la petite poignée des plus grands vins rouges du monde, et des 3 ou 4 plus grands crus bordelais, à un prix lui aussi hors normes, certes. C’est l’archétype des grands crus où le terroir crée cette osmose exceptionnelle avec le cépage et les hommes et on comprend qu’il ne puisse qu’aiguiser la jalousie d’un bon nombre de producteurs médiatiques, libournais, médocains ou étrangers, qui ne peuvent, eux, faute de terroir et d’humilité, que se contenter de faire mariner à outrance leur vin dans des barriques en croyant qu’ils font une cuvée digne de ce nom… La surconcentration n’est pas un gage de grand vin et l’élevage abusif en fûts neufs non plus (Petrus n’en utilise que 50 % en moyenne).
Ce Pomerol 2004 est splendide, dans la grande tradition bordelaise, et l’on ne peut que regretter que ce millésime se situe entre les 2005 et 2003, la mode risquant de le laisser à l’écart (confer la grande dégustation, à Libourne).
À ses côtés, ce 2003, un vin dense, tout en harmonie, riche au nez, avec ces notes de mûre et d’humus, et des nuances de cuir et de pruneau en bouche, aux tanins fermes mais toujours très savoureux, de grande garde.
Le 2002 , intense et chaleureux, très charpenté mais très élégant, est de robe intense, aux nuances de vanille et de cassis, un vin racé et corsé, concentré au nez comme en bouche, très équilibré.
2001 : truffe, fruits macérés, humus… sont les premières sensations de ce très grand vin, le “velours” à l’état pur, où cette structure impressionnante sait se fondre dans une distinction incroyable, qui lui confère un potentiel d’épanouissement réellement exceptionnel, de très grande garde.
2000 : une structure de cathédrale. Puissance et distinction, chaleur et ampleur, une très grande complexité d’arômes (cuir, griotte confite…), un vin d’une grande harmonie, d’une très belle matière en bouche, majestueux, de très grande garde.
99 : la saveur même. Complexe et gras, aux tanins présents, riche et parfumé en bouche, un beau vin charnu, charmeur, qui fleure les épices et les fruits frais, alliant puissance et finesse, dont le velouté est très caractéristique des vins de Pomerol.
98 : exceptionnel. D’un très grand classicisme, de couleur intense avec des senteurs de truffe, de champignon, un côté animal, de cuir, vraiment superbe, encore jeune, complexe, de lente évolution.
97 : remarquable. De robe pourpre foncé, aux arômes prononcés de musc, de truffe, de fraise des bois, aux tanins soyeux, de bouche généreuse, un vin très savoureux, d’excellente évolution.
Recommandé par des Influenceurs
samedi 17 novembre 2007
Taittinger au sommet
À la tête des Premiers Grands Vins Classés. Avec talent et ténacité, Pierre-Emmanuel Taittinger a sauvé l’entreprise éponyme en la reprenant à des investisseurs, lui conservant une “âme” familiale de plus en plus rare en Champagne. Bravo, donc.
Pas si facile de rester au “top” depuis longtemps (ces grandes maisons sont souvent propriétaires d’importants vignobles et dirigées par des hommes pour lesquels la continuité patrimoniale prime, ceci expliquant cela), d’autant plus que l’on peut estimer que leurs plus grandes cuvées méritent leur prix, alors que pour d’autres marques réputées, il est de plus en plus difficile de justifier les prix atteints par certaines cuvées de “prestige”. Voir mon important article, Champagne : la nouvelle donne pour acheter en connaissance de cause...
Voir aussi le reportage dans MILLESIMES
Bien sûr, il y a ce formidable cuvée Comtes de Champagne Blanc de blancs 98, qui symbolise parfaitement ce que doit être une très grande cuvée champenoise, à la fois très dense et très fine, issue exclusivement de raisins blancs Chardonnay en provenance de la Côte des Blancs et de vignobles classés à 100 %. C’est un très grand Champagne de connaisseur, tout en harmonie. Le bouquet fin, discrètement citronné et épicé, exhale des senteurs légères végétales et fleuries de tabac blond et de feuilles de thé. En bouche, ce vin est très frais, acidulé et élégant, présente des saveurs dominées par les agrumes frais de citron vert, une très grande cuvée classique, ample et distinguée, très séduisante (140 e).
Le Comtes de Champagne rosé Millésimé 2002 est dans la lignée, 70 % de Pinot noir classé à 100 % dans l’échelle des crus, dont une partie (13 %) est vinifiée en rouge et provient des vignobles de Bousy, 30 % de Chardonnay, issu des vignobles de la Côte des Blancs (classés à 100 %) complètent cet assemblage en lui apportant finesse et fraîcheur. Seuls les vins de première presse sont utilisés. Un séjour de 5 ans en caves a permis d’affiner les arômes fruités de ce millésime et d’assouplir son acidité généreuse. La robe est de couleur rose ambré. Les bulles sont fines et abondantes et forment un cordon de mousse dense. Le bouquet intense et très riche possède des arômes fortement fruités et confits de coing, de groseille et de griotte. En bouche, le vin est tout d’abord vif et acidulé puis sa charpente, sa force et sa vinosité s’expriment pleinement avec des saveurs fruitées de cerise à l’eau-de-vie. La finale est puissante et persistante (160 e).
Le Taittinger Prélude Grands Crus, uniquement composé des vins de cuvée (première presse), est un très bel assemblage de 50 % de Chardonnay et de 50 % de Pinot noir. La robe est brillante, de couleur jaune pâle avec des reflets argentés, signe d’une forte présence de Chardonnay. Les premiers arômes sont minéraux et deviennent rapidement végétaux puis fleuris avec des senteurs de fleurs de sureau mêlées à des touches épicées de cannelle. L’attaque en bouche est vive et dominée par des notes d’agrumes très frais. Puis elle devient beaucoup plus ample, ronde et soyeuse accompagnée de saveurs de pêche blanche au sirop. La finale est longue, riche et très expressive (37 e, il les vaut bien).
Le Taittinger brut Réserve, 60 % Pinot et 40 % Chardonnay, très fruité, ample et souple en bouche, tout en finesse, à la mousse intense, un Champagne vineux et velouté, avec cette pointe de fraîcheur et de fruité caractéristique, persistant en bouche, est régulièrement réussi (31 e).
Le brut Prestige rosé est une référence dans sa gamme, de couleur rose vive, très équilibré, richement bouqueté, une cuvée très fine, très persistante, alliant puissance et élégance, qui sent la framboise très mûre, idéal sur les desserts à base de fruits (39 e, c’est très abordable pour une régularité qualitative exemplaire).
Remarquable Millésimé 99, 50 % Chardonnay et 50 % Pinot noir, qui allie structure et nervosité, tout en arômes en bouche, très savoureux. Remarquable brut Millésimé 2000, provenant d’un assemblage à parts égales de Chardonnay et de Pinot noir, un vin où l’on retrouve des nuances de raisin mûr et de noix, de bouche vive, fine et complexe avec des saveurs d’agrumes frais, à déboucher aussi bien à l’apéritif que sur une dorade (40 e).
Goûtez Les Folies de la Marquetterie, 55 % Chardonnay et 45 % Pinot noir, une grande cuvée produite exclusivement à partir des raisins du vignoble des Folies récoltés après une première vendange en vert, un Champagne de bouche ample, riche en bouquet, très harmonieux, un vin d’une belle maturité, aux notes de fruits secs, légèrement épicé en finale (39 e).
Le Taittinger Nocturne sec, 60 % Pinots noir et meunier, 40 % Chardonnay, associe distinction et fermeté, tout en arômes, aux nuances de miel et d’abricot, de bouche veloutée (35 e). Très beau rapport qualité-prix-typicité.
vendredi 16 novembre 2007
Ne pas se tromper en achetant son Champagne
J’aime le Champagne. Mon Classement 2008 est un vrai coup de cœur, entièrement actualisé, et vous montre le véritable visage de la Champagne, qui tient compte de la qualité, du prix, de la régularité, de l’accueil et de la passion des hommes. C’est ce qui fait tout son intérêt; récompenser les meilleurs, les plus connus comme les autres, ceux qui respectent les consommateurs. L’image de marque n’est plus suffisante, c’est la régularité qualitative et des prix justifiés (ou pas) qui comptent.
Dans le temps, il n’y avait que les "grandes" marques (certaines ne sont plus qu'un nom sur une étiquette). Aujourd’hui, beaucoup de vignerons vendent en direct des cuvées remarquables, de la plus fine à la plus vineuse, à des prix très abordables, de 15 à 20 euros. C’est l’une des rares régions viticoles qui ne subit aucune crise, cela prouve que les consommateurs sont satisfaits lorsqu’ils ouvrent une bouteille de Champagne. Il y aussi une grande cohésion et une grande solidarité entre les vrais grands seigneurs de la Champagne (souvent, des maisons à caractère familial) et les petits vignerons et chacun se respecte, c’est certainement également l’une des clés pour appréhender la région, même, si, on s’en doute, les exceptions confirment la règle.
C’est encore la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne. Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important. Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table.
En quelques années, le Champagne a ainsi franchi les simples barrières du luxe et de la fête pour devenir un vin à part entière. Les très grandes cuvées de prestige (celles que l’on retrouvent dans mon Classement dans la catégorie des Premiers Grands Vins Classés, et dans une bonne partie des Deuxièmes Grands Vins Classés), apportent du plaisir, et méritent d’être appréciées tout au long du repas, sur des plats appropriés, à l’apéritif toujours ou sur les desserts. Bien sûr, la force du terroir est réelle ici et vient s’allier à cet art exceptionnel de l’assemblage que chaque vigneron ou maître de chai va marquer de sa “patte”, créant une bouteille unique, que personne n’a réussi à égaler, partout dans le monde, où l’on ne fait que des mousseux... Qu’elles dégagent des notes de chèvrefeuille, de rose ou d’abricot, qu’elles développent en bouche les nuances d’amande, de brioche ou de fruits mûrs, les cuvées qui comptent, où la convivialité s’associe au talent, doivent quand même être à des prix mérités, car une ancienne notoriété ne suffit plus désormais.
Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier. Tout a donc changé ici. En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles, d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (d'autres groupes sont -hélas- dirigés par des directeurs peu intéressants, qui pourraient aussi bien vendre du soda ou de la lessive), des coopératives de premier plan et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété.
Comme partout également, on trouve aussi des cuvées bas de gamme, qui changent de nom et d’étiquette selon leurs distributeurs, et des cuvées de concours qui masquent l’ensemble de la production, faute de savoir-faire ou d’approvisionnements adéquats. Certaines négociants sont dans ce cas, de plus en plus de producteurs se réservant leurs meilleures cuves ou raisins pour vendre en direct (on les comprend). Il y a aussi des cuvées bien trop chères, difficilement cautionnables, donc.
Précision : certains vins chers cités n'en sont pas moins de très grands vins. Il faut simplement, le Champagne étant souvent bu plus rapidement qu'un grand cru rouge, décider s'il convient de dépenser des sommes astronomiques pour se faire plaisir. Bien entendu, ces exemples ne sont que des exemples prix au hasard des visites sur les sites marchands, et la liste est loin d'être exhaustive.
Entrons dans le vif du sujet :
Chez Wine and Co (prix relevés comme pour les autres sites ce vendredi 16) :
On trouve donc en mettant 170 € le Bollinger R.D. 1995, 121 € le Laurent-Perrier Cuvée Grand Siècle 95 ou 91 € le Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1988, 121 € pour le Deutz Amour de Deutz... en comparaison, l'extraordinaire Dom Perignon 99 est à 115 € (même prix chez 1855). À vous de choisir, moi, tant qu'à mettre ce prix-là, c'est fait pour ce dernier (ou alors pour le Comtes de Champagne 1995 de Taittinger à 106 €, qui ne m'a jamais déçu, associant complexité d'arômes -citron vert, pomme, pain grillé, épices- et distinction en finale, le 98 est dans la lignée).
A leurs côtés, 42 € le Pol Roger brut Vintage 98 semble vraiment un cadeau (et moins pour cette envoûtante Cuvée Rich, tendre et savoureuse) comme le Bruno Paillard Blanc de blancs 1995 à 52 €.
Une démence, le Pommery cuvée Louise rosé 99 à 210 € (j'y crois pas !!!) et 250 € pour le Krug rosé (avec le coffret s'entend, merci...), ce dernier étant certainement l'une des plus belles bouteilles qui soient, je l'avoue.
Chez 75cl : à part Gosset (beau Grand Millésimé 99 à 46,50 €, une marque de grande qualité), Bollinger, Pol Roger et Larmandier, on a droit à des illustres inconnus. Autant dire que le choix est nul.
Chez Vinatis : le choix est aussi bien limité. On retiendra surtout le Veuve Devaux Grande Réserve pour 21 €, qui les vaut largement (voir les cuvées de base, plus bas).
Chez 1855 : on se demande si on rêve avec ce Roederer Cristal 97 à 330,85 €. Qu'est-ce qui justifie ce prix ? Idem pour le Salon "S" 1996 à 195 € (175 € chez Vinatis) et 190 € chez Envie de Champagne - c'est qui, ceux-là ? je ne résiste pas à vous passer leurs commentaires sur ce vin, très objectifs : "Un champagne SALON dont on parlera encore dans 50 ans. Probablement le meilleur millésime depuis 1928" : carrément, eh ben) !
Dans mon autre Blog Perso 20 sur 20 ?, on pourrait mettre cela dans la rubrique "on en rit ou on en pleure". Cela me rappelle l'inadmissible "1 Bollinger, 1 smic"... Un peu de décence ne ferait quand même pas de mal.
Chez Lavinia : on atteint le pompon aussi bien (dans des gammes différentes, s'entend) avec ce Bollinger 2003 à 70 € (c'est pas un peu jeune pour une grande marque, 2003 ?) que pour ce Billecart-Salmon Saint-Hilaire 96 à 280 € (non, non, ce ne sont pas vos yeux, c'est bien le prix, mais on a une réduc de 5%, ouf) ou un Dom Ruinart 1996 à 141 €...
À titre de comparaison, on trouve bien moins cher des cuvées formidables chez Charles Heidsieck (extraordinaire cuvée des Millénaires), Alain Thiénot (splendide Grande Cuvée), Erick de Souza (sa cuvée Caudalies est l'une des plus fines cuvées champenoises), Philipponnat, Ellner, Pierre Peters, Leclerc-Briant, Canard-Duchêne, De Venoge... et celles citées plus bas.
En cuvées de base, là où l'on trouve une multitude de petits propriétaires et d'excellentes coopératives (Devaux, Vincent d'Astrée, De Castelnau, Clérambault ou Marquis de Pommereuil) qui en proposent dès 12 €, les "affaires" sont inexistantes dans les marques "connues" tant on en a qui ne se mouchent pas du coude en proposant facilement le double. Sans s'attarder (regardez vous-même avant d'acheter), on peut citer :
- un Deutz brut Classic à 30,90 € (Wine and Co) et (soldé) à 27,70 € chez Lavinia
- un Laurent-Perrier brut à 30,30 (Wine and Co)
- le (bof) Mumm Cordon Rouge est à 24,50 € (Vinatis)
- un Ruinart rosé à 48,60 € (soldé, avec étui, chouette, chez Lavinia) et le R de Ruinart à 31 € chez Vinatis
- 32,50 € (c'est quand même pas mal, non, pour une "simple" cuvée) pour le Roederer Brut Premier chez 1855
- l'exception confirmant la règle, un excellent Taittinger brut Prestige, certainement l'un des meilleures cuvées de ce type, d'une grande régulatité) à seulement 20,50 € (Vinatis)
À des prix surprenants (de 15 à 20 € environ, et parfois moins), commandez directement vos cuvées à la propriété chez Delaunois, De Lozey, Bonnaire, Chiquet, Chardonnet, Pierre Gimonnet, Drappier, Bara, Coulon, Geoffroy, Charbaut, Lenique, Legras et Haas, Rutat, Bourgeois, Pierre Mignon, Pierre Arnould, Ralle, Laurent-Gabriel, Hamm, Prevoteau-Perrier, Baron Albert, Collard-Picard, Vollereaux, Collard-Chardelle, Maurice Vesselle, Baron Fuenté, Sanchez, Vergnon, Busin... des maisons de propriétaires qui élèvent d'étonnantes et très abordables cuvées de prestige, dont certaines feraient froid dans le dos de quelques maîtres de caves un peu trop imbus de la "notoriété" de leur maison... Pas de raison de s'en priver.
Pour les adresses et les liens directs avec leurs sites, voir la Sélection de MILLESIMES ou celle de mon GUIDE DES VINS
mercredi 14 novembre 2007
mardi 13 novembre 2007
Prix des Grands Vins : ne vous faites plus avoir
Les fidèles de mes sites et Guides savent que je défends toujours le rapport qualité-prix-plaisir allié à une typicité réelle marquée par les terroirs (quand il y en a un...). Je vous renvoie à mon Classement et à une certaine éthique qui m'est chère. Hélas, 3 fois hélas, il y a des surcotations incautionnables dans les prix de certains vins.
Prenons l'appellation Margaux que je connais particulièrement bien (voir : Twenga et le comparatif des prix des châteaux pour le millésime 2003, une page que vous devriez mettre en mémoire), et précisons d'abord 3 points :
- Dans cette appellation (voir mes coups de cœur), 1 seul vin est mythique, c'est bien sûr le Château Margaux. C'est incontestablement l'un des plus grands vins rouges du monde et la démence du prix peut être admise si l'on s'en réfère au monde du luxe. Passons, donc, même s'il est regrettable d'avoir eu des hausses aussi importantes sur ce vin, et notamment sur le second vin, qui était beaucoup plus accessible autrefois. Ce qui est indécent, ce sont les différences de prix. On se contenterait largement (c'est un hasard mais ce sont les sites de mon ami Jean-François Moueix) des 950 € la bouteille demandés chez ChateauNet (la demi-bouteille est à 742,85 € chez 1855, totalement unjustifié), mais pourquoi mettre 80 € de plus chez Lavinia (1029 €) ou même 1.055 € chez Primeurs Bordeaux.
Avec ces 80 € économisés, autant s'acheter, toujours chez ChateauNet, l'exceptionnel Pavillon Rouge à seulement 70 € (30% de moins que chez Wine and Co ! ).
- Il y a des vins racés et d'un potentiel de vieillissement exceptionnels, que je "suis" depuis 30 ans, très abordables : Rauzan-Segla, Brane-Cantenac, Rauzan-Gassies, Desmirail, La Galiane (un cadeau pour une vingtaine d'euros, comme Charmant à 28,50 €). Ces vins sont souvent "oubliés" par mes confrères (américains ?) au mépris de tout bon sens ou pour d'obscures raisons... (certaines ne sont pas aussi obscures que cela).
L'avantage, c'est qu'ils bénéficient de prix particulièrement attractifs. Une cinquantaine d'euros pour un Brane ou un Rauzan-Segla (49 € chez ChateauNet), c'est justifié (pratiquement le même prix à 41 € chez 1855 pour Issan me laisse sceptique alors qu'on le trouve à 29 € chez ChateauNet...). Le Château Martinens à 16 €, c'est une affaire. Siran est également très abordable. Malescot à une soixantaine d'euros (62,90 €) me semble aussi beaucoup plus cohérent (c'est un très grand vin, remarquablement maîtrisé par Jean-Luc Züger, un vin que je "suis" depuis le début et qui évolue très bien) que Giscours à 53,40 € chez le même fournisseur ou qu'un Labégorce-Zédé à 32,50 € (le double que Martinens, je vous laisse comparer les 2 en débouchant les bouteilles).
- Il y a des prix absoluments déments : 480 € pour Lascombes (presque 10 fois plus que Brane !!!), on croit rêver. Qui a fait ce prix, en fonction de quoi, d'une bonne note chez Parker ? On remarquera que ce vin n'est même pas proposé chez ChateauNet ou même chez ChateauPrimeur, l'autre site du groupe Duclot, qui est la vraie "température" des prix réels des grands crus de Bordeaux...
Un autre exemple, toujours selon les cavistes du Net : c'est un cru éliminé de mon Guide :
- Château Kirwan 2003 chez Vins Discount : 89 € la bouteille (vendu par 6). On peut se demander s'ils connaissent vraiment la traduction du mot "discount"...
- Château Kirwan 2003 chez 1855 : 53 € la bouteille (et 19,90 € de livraison...)
- Château Kirwan 2003 chez Elzevir : 58 € la bouteille (et 21 € de livraison...)
On en rit ou on en pleure ?
Voir, pour les liens directs

